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Biographie

Plusieurs rencontres/découvertes assez fondamentales dans mon parcours :

Vers mes 10 ans plusieurs chocs : la découverte des Vanités du XVIIème siècle, Le musée de la résistance et de la déportation de Besançon. Ces souvenirs ne me quitteront pas.

Il y aura aussi un cadeau, un instamatic Kodak.

Au collège, la découverte du Théâtre qui me sort de mon milieu social est un coup de foudre. Une simple rencontre peut tout changer, bouleverser une vie.

Autodidacte, c’est pour séduire une jeune fille, que j’ouvre un club photo au lycée, gros succès au photo club, découverte du laboratoire, révélation de la magie de l’agrandisseur, mais échec cuisant avec la demoiselle.

Certainement pour surmonter mes peurs, mes timidités, je m’engouffre dans le théâtre avec boulimie, en tant que comédien mais aussi en observant des scénographes et en traînant avec les techniciens, des créateurs lumières tel que François Eric Valentin. Tout cela me mènera jusqu’au dernier maillon la Co-création du Théâtre de la Manufacture des Abbesses à Paris. Partir d’une bâtisse en ruine jusqu’à l’ouverture d’un lieu de 120 places.

Observateur du quotidien et plus particulièrement du monde urbain, de ses rites, ses gens, son vocabulaire, je déambule à la recherche d’une poésie, posant un regard décalé sur les êtres et les choses. Composant avec les académismes et ouvrant sur l’espoir afin que « nos regards soient toujours neufs », prêts à accueillir les différences… et « à s’émerveiller d’un rien ».

Questionnant le déterminisme : qu’il soit social, horizontal, vertical*, géographique, linguistique ou philosophique.

Il est ici question de notre libre arbitre.

« Entre nécessité et liberté. C’est-à-dire entre cycle et histoire, entre structure et acte, entre ordre et décision, entre mesure et démesure, entre sécurité et risque, entre individu et personne, entre masse et communauté, entre destin et destinée, entre le même et l’autre, entre le milieu et les extrêmes… »

Alors, je nous souhaite de ne pas être réduits à ces déterminismes, de continuer à lutter, de nous dépasser, de briser nos plafonds de verre, de rêver à d’autres destinées, et si tout cela était vain, nous aurons au moins essayé.

“L’homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité”  Jean-Paul Sartre

*Sartre voit dans la psychanalyse freudienne un double déterminisme : le « déterminisme vertical » par la libido et le « déterminisme horizontal » par les circonstances extérieures

Ashes to ashes par Mathieu Lelièvre (Critique d’Art)

Ashes to ashes – Fabrice Leroux
(3’57’’, 2014)

Parce que cette matière subsiste aux opérations physiques ou chimiques, aux transformations industrielles ou encore après fabrication, le résidu est de moindre valeur. On ne peut en extraire aucun produit, il ne peut prétendre à aucun intérêt. Parce qu’il n’est qu’un reste, il est simplement libre de demeurer là, sans disparaître ni bouger, tout juste bon à se maintenir dans le même état.

Ce résidu a priori sans importance, Fabrice Leroux décide de le revaloriser. Participer à sa remise en jeu, découvrir et investir sa matière, transmettre son potentiel symbolique, autant de pistes que les vidéos et photographies de l’artiste explorent dans le but de nous convaincre de son étude, sa résonance, sa présence corporelle. Puisque le résidu subsiste, attardons-nous alors sur lui, semble-t-on nous dire.

Ashes to ashes s’interroge sur notre rapport à la cendre. Résidu du cadavre après extinction du feu, du corps après que s’y soit éteint le feu de la vie, la cendre n’a pas de valeur, si ce n’est l’évocation symbolique de la mort. De ce rappel macabre du caractère précaire de l’existence, Fabrice Leroux y associe le symbole de l’éternel retour, où l’usage de la cendre dans les rituels est propice aux résurrections diverses et variées (disposée en croix sur les moribonds pour alterner mort et vie dans les monastères chrétiens, héros jumeaux transformés en cendre avant de ressusciter chez les Maya-Quiché, répartie au sommet d’une montagne pour appeler la pluie chez les Muisca de Colombie, etc) « Sans peur ni fatalité », il s’agit donc de réactiver le vivant par la cendre, en attribuant au résidu une valeur positive, et d’en extraire par-là les potentiels dynamiques.

La vidéo s’ouvre sur un sol recouvert de cendres. Au loin, dans la pénombre du lieu désaffecté surgit une colonne de lumière, plus proche de la meurtrière que de la fenêtre. Dans l’air, la poussière, légère. Puis, debout face à la lumière, Cedranna commence sa danse. Toute en spontanéité et liberté, elle multiplie les tâtonnements de matière, de l’environnement, de son propre corps, tout comme elle expérimente divers lancers de ce projectile poudreux auquel sa chair se mêle. Entre ses mains, ce sont des grains qui s’écoulent par terre, quand elle ne retourne pas à leur rencontre.

Sans doute parce que pour Cedranna, cette danse est propice au jeu, où elle transforme progressivement ses envies de faire avec la matière en performance, où la cendre propulsée s’apparente soudainement à une arme, puis la seconde d’après à un sablier, ou encore une terre sèche à labourer.

A mieux observer le montage, Ashes to ashes est affaire de répétition, d’allers et retours, où par opérations transversales la lumière se déplace au même titre que la danseuse et la matière, où l’action se reproduit indéfiniment, comme pour appuyer le caractère cyclique des éléments mis en scène. Fabrice Leroux cultive l’image sérielle tout comme Cedranna réactive ses rituels. Et quand le geste cesse, c’est la séquence que l’on rembobine, pour faire remonter au ciel la cendre.

http://lelievremathieu-com.webnode.fr/news/fabrice-leroux-ashes-to-ashes/
Mathieu Lelièvre (Critique d’Art)

Et nous, les os devenons cendres et poudres par Simone Dompeyre (Directrice Artistique)

Performance

Dans la pénombre du début de nuit, tous, nombreux, debout attendaient une cérémonie… pas de bruit, quand furtive une jeune femme dans sa jupe de plastique à bulles et dentelle faite de papier accroché, chaussée de grosses chaussures rangers commença sa distribution, mains ouvertes de mêmes petits papiers pliés. Ils cachaient des mots que bientôt, on entendit, à deux voix celles des deux artistes – en photographie, sons, vidéo, installation – Fabrice Leroux et – en danse – Cedranna et dont certains se lurent sur le mur devenu grand écran.

Ils disent « universel » et « souvenir », « visage » et mèche », « vital » et « effacement », « lointain » et « morne » mais aussi «chaleur» et « froideur », «revers » et « naissance », « épanouissement » et « décomposition ». Les mots reviennent lors du dernier mouvement ; ils égrènent les valeurs reconnues à la cendre, sans en refuser l’antinomie, ou en acceptant celle-ci : «tomber, perte, abandon » mais « embrasser, amour, réveil».

Ayant disséminé au sol la dernière volée de ses messages, elle rejoint une estrade de bois couverte de poussière grise, la cendre que le vers de Villon rapporte à notre corps après la vie… désormais en une simple tunique dont les drapés connotaient ceux des statues de jeunes femmes / déesses endormies ou de gisant, elle danse.

L’image se répète en diverses dimensions, deux moniteurs hors scène et sur celle-là enserrent en leur petit écran le corps, la grande dimension au mur exalte sa délicatesse, parfois dans la superposition de sa rémanence et lui rend l’espace et sur le bois, le corps avance, tourne lentement, décompose son pas, glissando… le corps plus fortement se redresse et lance, projette, propulse ou laisse retomber la cendre que les mains ramassent quand elle ne la mêle pas – alors sur le mur, une plongée zénithale découvre les figures ainsi dessinées. Certes, certains gestes ramènent à des rituels de deuil et de pénitence, et au fonds biblique ; pour exemple et déjà c’est la femme offensée qui est jugée coupable, dans le Deuxième livre de Samuel Tamar, fille de David, répandit de la cendre sur sa tête et déchira sa tunique de princesse parce que son frère Ammon l’avait violée. La performance ne respire pas de telles cruautés, elle soulève une poussière qui a perdu toute lourdeur et laideur. Elle garde dans sa démarche de ce feu qui couve sous la cendre.

La danse n’est pas triste, elle figure ce passage vers un état, léger, harmonieux… un moment flottant ; elle prend le pas d’autres OMBRES ERRANTES… et la partition de Barber s’accorde ce moment de grâce, ce moment plein, ce moment de beauté. Une élégie à une mort qui ne serait pas macabre, ni horrible qui convoque les pratiques funéraires mêlant les cendres à la nourriture des vivants – en Amérique du Sud – faisant des statues de Bouddha en la mêlant à de l’argile – au Tibet-fertilisant les champs avec elle.

Si le titre est poésie de Villon, très loin de ses pendus dont « Pies, corbeaux (nous) ont crevé les yeux / Et arraché la barbe et les sourcils », la tonalité de l’œuvre ouvre un nouveau testament d’Orphée, où le poète serait devenu danseuse, où comme le phénix, il revient à la vie par sa combustion même. Le Poète traverse le miroir, la danseuse est attirée par le reflet.

Cette cendre coule comme eau quand elle s’en frotte le corps, s’en emplit le visage ; elle flotte comme air quand elle la souffle, la jette ; elle témoigne du feu quand la danseuse s’approche de cette colonne de lumière si étroite qu’elle se fait écho de portes vers un autre monde. La danseuse s’y avance, en recule, y revient happée par la lumière qui la fait illumination… qui la fait diaphane. La cendre garde la trace de ce qui fut la vie de l’humain… ce qu’augurait la rose qui, sur l’écran, devançait Cedranna. Rose et Eros, rose et souvenir, traces de vie ; elles se dispersent au vent et se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau, éphémère comme la fleur, éphémère comme cette performance dans la pénombre de la nuit « la douce nuit qui marche ».

Simone Dompeyre Directrice Artistique du festival TRAVERSE VIDÉO

La Provence Aôut 2016
La Provence aôut 2015